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Monday, November 12, 2012

QUESTIONS DU MONDE - Le Regard Afghan

C'etait en 1979. Les tanks russes etaient arrives la ou des peuplades de la steepe jouaient a ce jeu original si magnifiquement decrit dans les cavaliers de Joseph Kessel. Aujourd'hjui, lecteurs canadiens, francais, et autres francophones restent encore fascines par la vitalite non seulement du style,mais de ce pouvoir enivrant qui se degageait comme des sabots de ces chevaux a l'air sauvage. Les cavaliers eux memes paraissaient ceder a l'ivresse inspiree de ces terres d'Asie, lesquelles,malgre l'archaisme environnant semblaient ne plus vouloir d'une Europe fatiguee... L'Afghanistan, c'etait une etrange Asie, ou encore comme une incertaine respiration d'Europe. Plus de 20 ans plus tard, les choses avaient change comme aspirees par un souflle mysterieux. Les russes etaient partis, incapables de realiser le mariage de la faucille et de l'islam... vinrent les annees 2000, puis le 11 septembre et le reste. L'Afghanistan n'etait plus ce qu'elle etait. LE REGARD COMME GRACE ET PRESENCE Alors, vers la fin des années 70, l’Afghanistan, route de la soie dans un lointain passe, puis route de l’opium, commençait à déverser son surplus de population fuyant les russes et la guerre vers les pays voisins dont le Pakistan. Ambassades, agents de renseignements et le reste mirent l’accent à dessein sur les traditions afghanes de résistance et de fierté, et sur tout ce pouvait répondre à la vision occidentale. Apres tout, ces immenses terres qu’on dirait riches en pétrole ne pouvaient que faire rêver les officines et les hommes d’affaires occidentaux. Photographes, journalistes donnèrent à la cause afghane une publicité qui allait déboucher sur autre chose. Le hasard qui fait toujours bien les choses conduisit presque en pleine guerre le photographe de National Geographic sous la tente d’une fillette. On pense ici à la tente d’Atilla ou le chef Hun connut sa dernière ivresse. Mais, cette fois-ci, la tente ou le photographe était allé chercher comme sa proie ne se prêtait nullement à une quelconque ivresse ; elle servait plutôt d’école à un groupe de fillettes. Une fois rentre, Steeve Mc Curry se trouva comme électrifié par le regard d’une fillette. Il est des regards qu’on ne verra jamais deux fois. C’était un regard sauvage qui n’avait jamais vu les choses occidentales, ni les gratte-ciel, ni les autoroutes, pas même ces boulevards ou en fin d’âpres midi se promènent les couples plonges dans les projets pour le futur. Sharbat Gula ( son nom signifie : douce fleur d’eau en persan) jetait sur le photographe un regard qui parlait des premiers matins du monde vécus pourtant dans la guerre. Pas un brin de tendresse, pas même la naissance d’une douceur dans les gestes et le ton, mais plutôt un regard de fauve ou se concentrerait l’or vif du feu, le bleu océanique d’un midi d’avril et le vert agressif d’un gazon au matin. Ce regard immortalise par le camera et vu par des millions parle on dirait de Dieu au jour du Dies irae, un regard trop dense pour s’éteindre mais qui aurait vu la mort et ses secrets. Sharbat Gula avait vu mourir les siens. Elle avait parcouru des centaines de kms dans les montagnes de la frontière pakistanaise. Maintenant, elle faisait ce que font tous les enfants de son âge. Elle apprenait à lire. La fille afghane n’avait que 12 ans. Elle allait franchir les portes de l’adolescence. Elle deviendra femme sous les bombes américaines âpres avoir été orpheline sous les bombes russes. La guerre est une chose insensée. UN REGARD OBSEDANT Passe ces moments aussi inattendus pour le photographe qu’ils l’étaient pour la fillette, plus de 15 ans s’écoulèrent, mais la mémoire de ce regard n’a jamais cesse de hanter les nuits du photographe. Celles du monde non plus. Les gens et les lecteurs de National Geographic se posaient la même question ; Qu’était –il advenu de cette fillette et de ces yeux qui n’ont vu que la guerre ? Les canons, les avions, les écrans de fumée auraient –ils eu raison de ce regard situe entre deux moments fragiles du temps qui passe : l’enfance et les débuts d u jeune âge. Etait-ce possible que les enfants se voient voler leurs rêves et leurs illusions parce que la guerre impose ses lois qui ne sont autres que celles de la mort ? Ce sont ces questions venues de partout qui poussèrent le photographe à faire le pèlerinage a la recherche de ce fragile instant des yeux. L’INNOCENCE PERDUE Mc Curry put à force de patience retrouver la fillette. Pour tout dire, avait quitte le monde de l’enfance. Devenue mère, elle avait déjà trois filles et vivait avec son mari dans son village de Tora Bora, précise Curry. Son âge lui importe peu. Musulmane dans l’âme, elle ne fit qu’obéir a son mari quand le photographe exprima le désir de la photographier a nouveau. Entre ce regard de femme et celui de la fillette, on pourrait prendre la mesure du temps et le compter en lunes, en récoltes ou suivant notre calendrier grégorien. Peu importe, la ressemblance reste frappante entre la tonalite et les nuances de la pupille suivant des études menées dans un laboratoire de New Jersey. Conclusion : c’était la même personne. Ce qui entre temps, a laisse son empreinte sur le visage et bien sur le reste, c’était bien ce temps qui tue et ce temps qui reste. Pour une fille qui n’a connu que la guerre, on comprend bien que l’innocence propre à de telles peuplades ne peut que s’éteindre a jamais, comme absorbée par un je ne sais quoi. Présentant ces images une fois dans un amphithéâtre de Manhattan, Curry a rappelé que le temps n’était que naufrage et ruine, rien qu’à contempler ce regard isole comme un volcan éteint sur ce visage de femme qui commençait a vieillir sans avoir connu ces haltes sereines de l’âge adulte. Sharba Gula aura au moins laisse à notre temps ce regard de fauve qui n’attendait au fond que tendresse. CHRONIQUES AFGHANES