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Monday, July 13, 2015

ADVENTURES SUR KURFURSTENDAMM, BERLIN



DEVINE QUI VIENT DINER

Cet après-midi-là, sur Kurfurstendamm, ce quartier très huppé et couru de Berlin, à cause peut être des perspectives qu’il offre sur des constructions datant de la guerre ou surtout  à cause de cette nouvelle fièvre du renouveau  battant son tempo dans cette Allemagne de légende, je m’ennuyais à attendre Nadjela, cette pétillante haitiano allemande avec laquelle je m’étais promis de faire la fête 

L’été était à ses débuts, avec un ciel nuageux et parfois lourd. Les heures se succédaient à Reinhard's, ce restaurant café où allemands et visiteurs aiment s’asseoir, sirotant leur café ou buvant ces gros pots de bière, en regardant  nonchalamment les gens qui passent . Il faisait bon attendre, une attente est quand même une espérance et cela exalte. J’ai donc attendu, une heure, puis deux, et Nadjela n’était toujours pas là.

Un autre visiteur que je n’attendais point est venu s’asseoir avec  légèreté et presque de  la souplesse à ma table. Il est de ces impromptus qui vous laissent ébahi, tant il y rentre ce ravissement  qui désarme. Kurfurstendamm est le quartier de l’élégance et un tant soit peu VIP. Il y défile à tout instant un monde chic et très cosmopolite. Un café a Reinhard's, ça vaut quand même la peine !

Mon visiteur était de ce monde dont la grâce suffit. Je n’ai pas posé de question, il est resté très peu  à ma table, le temps de faire un bref coup d’œil et de repartir de manière tout aussi impromptue. La jeunesse a de ces coups de tête.

Nadella n’était pas toujours là. En vain, je scrutais des yeux la foule qui dansait comme au printemps, l’attente est un supplice, pensais- je. Une autre tasse de café n’eut point la vertu de vaincre le temps. Heureusement que le visiteur intrigant vint encore à ma table, apportant comme un espoir de ciel bleu ; entre cet intrus et moi,  peut-être y avait-il correspondance à la Baudelaire, je ne suis pas tout à fait seul ; Nadjela pouvait continuer à me planter, tout visiteur est un espoir de vie.

Cette fois ci, il est resté plus longtemps, fouinant par- ci par- là, avec des yeux espiègles et un sans gêne notoire, touchant à tout à ma table. Nadjela aurait eu plus de retenue. Il  a  alors fait du regard le tour de toute chose, s’apitoyant peut être sur ce mauvais tour qu’on m’a fait. Nadjela n’est point venue diner; il y a des filles comme ça.

 Tout maladroit et sans retenue qu’il fut, j’ai compris que  mon visiteur a voulu mettre un baume somewhere, car je le suivais des yeux, dans son va  et vient sympathique et familier. Alors, à la fin, il m’a regardé comme pour me dire : cela arrive,  avant de s’envoler  pour  une autre destination.

Alors, Devine qui vient diner, en lieu et place de Nadjela :
Un oiseau sur Kurfurstendamm.

Tuesday, July 7, 2015

LU POUR VOUS LA QUESTION DOMINICAINE



: LE MALAISE EPIDERMIQUE


Dominican Racism: Nation To Eject Thousands of Lifelong Residents
FEMMES HAITIENNES A SD


Témoignage d'une française
 ayant séjourné en République Dominicaine


 
La République dominicaine est l’un des rares pays au monde à mentionner sur la carte d’identité (cédula) de ses ressortissants leur couleur de peau.
Et ce par une lettre : un « B » pour les Blancs, un « N » pour les Noirs et un « I » pour les métis. Officiellement, il y a 75 % de métis, 23 % de Noirs et 2 % de Blancs. Cette recherche de classification se retrouve souvent, comme par exemple sur la facture d’un hôtel de Santiago :
  
Les Dominicains sont un peuple torturé. Je l’ignorais avant de partir. Je ne savais pas qu’on pouvait être aussi complexé sous des abords aussi légers. Il faut gratter un peu pour connaître la vraie République dominicaine. Qu'est-ce qui m’a fait arriver là-bas ? dans cette île, séparée en deux, avec deux peuples qui se haïssent, qui ont connu l’esclavage et qui en sont issus. J’avais l’impression que ces Dominicains expiaient tous d’une manière ou d’une autre les souffrances de leurs ancêtres. Je pensais aller là-bas pour découvrir ce à quoi pouvait ressembler une si belle entente entre les hommes. J’étais partie à la rencontre d’une minorité sympathique dans un pays insouciant, j’ai rencontré un peuple au bord de la névrose dans une ambiance d’apartheid.

J’ai beaucoup travaillé pour essayer de comprendre le fond de l’âme dominicaine. Ce qui suit est le résultat de mes tâtonnements dans ce domaine.  

Des apparences trompeuses

Les premiers entretiens, qui s’apparentaient plutôt à des séances de conversations pour étranger qu’à des entretiens car je ne parlais pas encore bien espagnol, confirmaient la bonne réputation du pays : « Nous, on ne fait pas de différence entre les gens selon la couleur de leur peau », m’ont dit un couple de riches Dominicains blancs (les seuls !) qui, curieux de savoir ce que je faisais là, m’ont interpellée dans la rue. Même chose pour Rosanna, 19 ans, secrétaire à la chambre de commerce franco-dominicain et métis claire, elle : « Moi, je n'ai pas de préférence quant à la couleur de peau dans mes relations sociales. Je traite tout le monde pareil. Comme tout le monde ici, d'ailleurs. Nous les Dominicains pensons que la couleur de peau ne qualifie pas la personne. Il n'y a pas de racisme parce que la culture dominicaine provient d'un mélange de trois cultures, de trois races ». Le père de Tito, lui, affirmait qu’ « ici, il n’y a plus de racisme ». Et il poursuivait : « Je n'aime pas trop les Noirs, enfin les Haïtiens ». Est-ce à dire qu’il y avait du racisme « avant » ? Et quid des Haïtiens ? C'était déjà plus étrange, et il était d’autant plus difficile à comprendre qu’il n’avait plus de dents.

Pour Xiomara, 25 ans, secrétaire au siège d’un syndicat de transporteurs routiers à Jimaní, « Le seul problème, c'est Haïti. Mais je ne dirais pas pour autant qu'il y a du racisme, car les structures sociales d'avant ont disparu. Il y a très peu de racisme, à part chez les plus riches. Mais ils sont isolés ». Cette affirmation revenait souvent : seuls les riches sont racistes… qu’en penser ?

 Autre phénomène étrange : à la question « de quelle couleur êtes-vous ? », 95 % de mes interlocuteurs (tous métis ou noirs) se décrivaient comme « indio ». « Indio » est un terme qui signifie « indien » et qui fait allusion aux Taïnos et aux Indiens des Caraïbes en général… qui ont tous été exterminés. Ce qui explique le mystérieux « I » sur les cartes d’identité. Mais pourquoi cette étrange appellation ?

Et puis un jour, j’ai poussé à tout hasard la porte de la chambre de commerce franco-dominicaine à Saint-Domingue. Je suis tombée sur Génésis, une Franco-dominicaine qui travaillait là depuis plusieurs mois et qui connaissait bien la France comme la République dominicaine. Elle avait presque mon âge et parlait français : une source en or ! A ma question : « y-a-t-il du racisme en République dominicaine ? », sa réponse fut sans appel : « On t'a vraiment dit qu'il n'y a pas de racisme en République dominicaine ? C'est complètement faux. Pour certaines choses, en effet, les Dominicains sont plus ouverts que les Français. Bon. Mais sinon, ils sont très racistes ! Si tu es étranger, tu fais ce que tu veux, mais les Dominicains entre eux louchent sur la couleur de la peau. Il y a des boîtes où on ne te laisse pas entrer si tu n'es pas blanc. Même moi, j’ai eu des problèmes avec ça. J'ai du montrer ma carte d’identité française pour entrer ! C'est toujours mieux d'être blanc. Et il n'y a pas que la couleur de peau qui compte, il y a aussi l'argent que tu as ! Il y a certains endroits où on te regarde de travers si tu n'as pas la voiture de l'année. Les gens sont très matérialistes. Tout tient à l'apparence. Ce sont de bonnes bases pour le racisme ! ».

Le voile de conformisme que tous revêtaient jusque-là commençait à tomber, mais tout n’était pas encore très clair dans ma tête. Je sentais que je touchais à un sujet sensible, et beaucoup plus complexe que prévu.

J’ai poursuivi quelque temps ce qui commençait à ressembler à une véritable enquête. Les réponses continuaient d’être évasives, mais ma perception de leur sens caché s’affinait à mesure que mon niveau d’espagnol progressait. J’ai senti que j’approchais du but le jour où Pablo, le cousin de Tito, m’a mise en contact avec Elvis, prof d'histoire dans le secondaire à Villa Jaragua. Il m’a affirmé qu’« en République dominicaine, il y a toujours eu du racisme. C'est le pays le plus raciste au monde. Et c'est aussi le pays le plus métis au monde ». Mais il ne m’a pas donné plus d’explications.

C'est Pablo Santana Baez, le psychologue rencontré au siège de World Vision à Jimaní, ainsi que ses collègues Adela Matos et Miguel Hebron, qui a rendu soudain clairs les propos de Génésis. Voilà leur explication : « être Noir en République dominicaine, c'est d'abord un problème. Les métis, ceux qui ont du sang blanc (c'est-à-dire espagnol ou européen) et du sang noir (c'est-à-dire africain), ne se considèrent pas comme Noirs, ni comme métis, mais comme Blancs. Si tu leur demandes quelle est leur couleur de peau, ils te répondront "indio", avec les variantes; "indio clair, indio foncé"... Sache qu'un "indio foncé", en général, c'est un Noir. Mais ne t'avise pas de lui dire qu'il est noir, il le prendrait mal. Le mot "negro" [traduction de "noir" en espagnol], ici, ne désigne que les Haïtiens. Pour les Dominicains, c'est une insulte. Pour désigner la couleur de peau noire, c'est plutôt le terme "moreno" qui va être employé, si on veut être compréhensible. Mais jamais "negro", même si c'est le terme exact. Le Dominicain a très peu de sang indien, en général il est moitié d'origine espagnole, moitié d'origine africaine. L’apport génétique des Indiens dans la société dominicaine actuelle a donc été très faible. Bon, c'est vrai que le pourcentage varie selon les gens. Mais dire de quelqu'un qu'il est un "indio" est une aberration. Les Indiens de l'île sont un peuple disparu, un mirage, un fantasme pour les Dominicains actuels. »

Pourtant, tout le monde continue de se forger de toutes pièces une identité usurpée, ceci afin d'éviter d'assumer la couleur de peau noire et surtout les origines africaines.  

Le diktat blanc
Si les Dominicains rejettent cet aspect noir, alors même qu’il est partie intégrante de leur identité, c'est parce qu’il a une connotation très négative. En effet, pour tout le monde, le modèle, c'est le blanc. Le Blanc. Le blanc de peau qu’on ne croise que très rarement en République dominicaine, mais qui tient pourtant les rênes du pays : le pouvoir politique, économique, religieux et militaire est aujourd'hui presque exclusivement entre les mains de Blancs.

Le blanc est exagérément valorisé, il symbolise à lui seul la richesse, la réussite, et la beauté.  Aux yeux de la plupart des Dominicains, ce qui est blanc est bon, positif et généralement, « meilleur ». Ils font preuve d’une xénophilie sans égal, excessive, à l’égard des Blancs et des « clairs ». Pour le noir, c'est le contraire. Comme me l’expliquait une des rares Dominicaines à ne pas adhérer à la schizophrénie ambiante : « ce n'est pas parce qu'une infime partie de la population est blanche qu'elle ne peut pas contrôler le pays et se sentir supérieure aux autres. Les autres, les métis justement, ne voient que leur côté blanc. Ils ne veulent pas entendre parler de leur sang noir. C'est comme un tabou, le fait d'être noir. Très peu de gens en sont fiers. On a hérité des schémas mentaux de l'esclavage. Ils sont présents chez tout le monde ».

En témoigne une affiche repérée dans les bureaux du MUDHA à Saint-Domingue :

Ces expressions sont réellement utilisées dans la vie courante. «  C'est impossible de s’assumer en tant que noir quand on t’apprend ce genre de choses », a résumé une employée du MUDHA en me montrant cette affiche. Et le tabou du Noir est tellement fort que dans le guide publié par l’office de tourisme dominicain, on trouve pleins d’informations sur les Taïnos, sur Christophe Colomb… mais rien, absolument rien, sur la partie esclavage de l’histoire dominicaine. Impossible de comprendre, pour le lecteur, pourquoi les Dominicains sont si foncés.

Comment comprendre un tel comportement ? Cela c'est éclairci au cours des entretiens, et ce car j’ai eu la chance de tomber, souvent par hasard, sur plusieurs personnes qui travaillaient sur la question. Ou qui avaient une honnêteté et un niveau d’instruction suffisants pour me donner une réponse objective. De plus, ces gens ont tous fait beaucoup d’efforts pour me répondre. C'étaient les entretiens les plus intéressants et les plus fournis. Il s’agit vraiment de chance car sur les 33 témoignages recueillis, seuls une poignée m’ont permis de comprendre le fond de la question, tous les autres étant évasifs ou se perdant en généralités.

Voici donc une synthèse de leurs explications, que j’ai organisées sous forme de questions/réponses. Y sont repris Francisco Rafael Guzman, professeur de sociologie à la UASD (une université de Saint-Domingue), Rocio et Tati Perez, sa mère, toutes deux professeurs de lettres à Neiba, Brigido Trinidad, biologiste à Villa Jaragua, Rafael Almanzar, personnalité artistique et religieuse (vaudou) de la ville de Santiago, Américo « Catuxo » Badillo Vega, directeur de la branche éducation du centre Oné Respé à Santiago, Jorge Puello, professeur de danse dans un bateye près de Saint-Domingue, Ana Maria (j’ai oublié de noter son nom de famille), directrice des activités sportives au même endroit, et Rafael Lluberes, directeur du centre Colibri et d’UJEDO, organisme oeuvrant en matière de santé, d’éducation, de culture et d’environnement, dans ce même bateye, et Sirana, cadre au MUDHA1 à Saint-Domingue (dont je n’ai cette fois pas compris le nom)  

Pouvez-vous me parler du racisme ?
Eh bien le racisme, c'est une forme de relation entre les personnes qui prend très fortement en compte le phénotype et/ou la culture. C'est un phénomène parfois réel, parfois imaginaire. En République dominicaine, il est réel, et très fort. Il se présente sous forme d’antihaïtianisme. C'est un racisme physique qui prend comme prétexte un racisme politique.
Nous allons commencer par un exemple. Tu as remarqué que les gens non blancs font beaucoup d’efforts pour paraître blanc (cheveux, peau, mariages) ? c'est plus qu’une question de mode. Ici, des « bons » cheveux [pelo bueno], ce sont des cheveux raides, clairs de préférence. Une blanche avec des cheveux lisses est considérée d’emblée comme une belle femme. Si elle se fait friser les cheveux, on va la prendre pour une folle, mais elle continuera d’être blanche. Les « mauvais cheveux » [pelo malo], en revanche, ce sont les cheveux crépus et noirs, les plus répandus dans ce pays. Si une métisse aux cheveux crépus s’aventure à ne pas défriser ses cheveux, elle sera considérée comme une rebelle, quelqu'un qui défie l’ordre social et qui devra assumer son acte. Une des femmes de notre échantillon [lors d’une étude de Catuxo] qui avait tenté l’expérience nous a conté : ‘un homme m’a vue arriver et m’a dit : ‘on dirait que tu n’as pas de mari… tu vas voir les coups qu’il va te donner !’’. Socialement parlant, la texture du cheveu fait vraiment la différence. Le fait de défriser des cheveux crépus revient à les dissimuler pour « ne pas être noire », ou l’être moins, ou pour faire comprendre qu’on ne veut pas l’être. Il y a une volonté de prendre de la distance avec ce qu’on est. Les non-blancs acceptent donc de se reconnaître dans la négation. C'est typiquement une attitude de soumission, en l’occurrence à l’ordre social dominant. En effet, les gens considérés comme noirs n’ont jamais été que méprisés, rejetés, exclus, dépréciés dans la société dominicaine. Accepter d’être noir, c'est reconnaître qu’on est inférieur. Alors qui veut être noir ? 

Autre exemple, quand un enfant naît plus foncé que ses parents, il y a un très fort désenchantement, surtout si c'est une fille. Beaucoup de parents interdisent à leurs enfants, et notamment aux filles, de fréquenter des gens plus noirs qu’eux. On parle d’ « améliorer de la race » [mejorar la raza], quand il s’agit de se marier : il faut se marier avec plus clair que soi.

Il existe donc ce racisme d’autocensure, aliénant, dont la population a largement intériorisé les stéréotypes.  

D’où vient un tel phénomène ?

Toute société esclavagiste a été raciste. A partir du moment où des Noirs africains ont été déportés ici et où l'esclavage est apparu sur l'île, le racisme a été institutionnalisé et utilisé pour justifier leur discrimination. Et puis la guerre d’indépendance a été menée non pas contre le gouvernement d’Haïti, mais contre « les Noirs », le peuple noir. On avait une situation de lutte sociale binaire dont les schémas sont restés vivaces. Encore aujourd'hui, dans les manuels scolaires dominicains, il y a seulement un chapitre sur la composition de la société et les Noirs sont toujours abordés d’un point de vue négatif. Cela donne lieu à une confusion entre nature et condition : entre être esclave et devenir esclave.

Au temps de la colonisation, ils occupaient la place la plus basse. Leur mélange avec les Blancs s'est fait de manière forcée. Mais il n’a pas été complet. Tout en haut de l'échelle sociale, les Blancs sont restés entre eux. Ce qui explique la situation actuelle: les très riches sont tous des Blancs. Ils veulent rester une junte homogène. Il y a bien des leaders noirs, mais ils n'arrivent pas à crever le plafond de verre pour accéder à ce niveau social.

Et le racisme est une arme politique très forte. Il l’a surtout été sous Trujillo, le « généralissime »…

Trujillo était un dictateur au pouvoir en République dominicaine entre 1930 et 1961. Il est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire. C'était un despote total, les Dominicains vivaient dans la terreur avec lui et il les a beaucoup influencés. Il a mis en place un véritable racisme d’Etat. Pour lui, Haïti était l’ennemi de toujours, la menace qui planait au-dessus de l’identité dominicaine. Il était d’origine haïtienne, mais mettait des crèmes blanchissantes pour que cela ne se voie pas. Les stéréotypes racistes étaient très présents dans l’idéologie dictatoriale, et ont inondé la société dominicaine. Ils sont toujours très prégnants aujourd'hui. Ces stéréotypes n’étaient pas seulement dirigés contre les Haïtiens, mais aussi contre les Dominicains. Ils visaient à reformuler les notions du nationalisme dominicain en en faisant un bastion à protéger des envahisseurs haïtiens, assimilés aux noirs en général. Dans la pratique, on en est venu à rechercher l’unité nationale à travers la négation du noir. Aujourd'hui, on parle encore d’une « invasion pacifique » haïtienne. Mais que serait notre économie sans cette « invasion » ! Il y a eu un avant et un après Trujillo. Avant Trujillo, la ligne de conduite par rapport à Haïti, c'était le nationalisme. Après, c'était le racisme pur et simple.

Les Haïtiens étaient nombreux dans notre pays avant son arrivée, au point que la gourde circulait dans certaines régions. Les trujillistes ont commencé par revisiter l’histoire dominicaine. Les manuels scolaires ont été falsifiés pour présenter Haïti comme un ennemi dangereux. Puis le vaudou a été interdit et ses pratiquants, pourchassés. Il y a même eu des lois favorisant l’immigration européenne aux dépens de l’immigration africaine,



Tuesday, June 23, 2015

Le Four à Bois

Les terres de France ont encore quelque chose qui touche.

C’est ce qu’on pourrait dire de Taverny dans le Val d'Oise où se trouve la boulangerie Le Four à Bois.

Franck et moi nous sommes allés voir un matin cette boulangerie autant pour acheter  du pain que pour voir un de ces derniers fours, dont il n'en reste qu'à peine 3 % dans toute la France.

Non loin court une belle route d’asphalte où selon Franck, mon gendre, passèrent les légions de César entamant la conquête de la Gaule.


Je suis resté un moment ; l’air songeur, à réfléchir aux chevauchées du conquérant romain foulant le sol encore gras de cette région du Val d'Oise, mais, c’est surtout l’étonnante boulangerie dans son décor rustique et plutôt très vieille France qui a retenu mon attention.

Un couple jeune dirige les lieux avec enthousiasme: Jean-Christian et Carole.
Carole est très communicative, « j’ai hérite cette boulangerie de mes beaux parents, et mon mari et moi avons gardé la tradition qui consiste à faire le tout au feu de bois », précise Carole. J’ai alors pensé au feu qu’on mettait dans la cheminée, un bon feu dans les mois d’hiver ; il n’en faut pas plus pour fouetter l’imagination.

Les propriétaires relativement jeunes continuent de faire le pain comme autrefois ; « la cuisson, affirme Carole, est instantanée ». Jean Christian est alors arrivé, souriant et quelque chose a la main, une sorte d’outil, puis nous a montré l’intérieur du four où le feu flambe et grésille.

A l’intérieur, quelques employés doivent préparer la pâte, tandis que les clients à la file indienne attendent. Baguette au fromage et plusieurs variétés d’un pain qui se veut unique dans le Val d'Oise ; une bonne partie de l’outillage du passé dégage ici un air de musée, comme si le temps ne voulait pas mourir.

Carole et Jean-Christian ont les yeux rieurs lorsqu’ils prennent le temps de parler de ces fours à bois qui sont tout aussi bien la mémoire du ventre que celle de ces générations qui bientôt s’éteindront. A  20 minutes  de Paris,dans ce Taverny,  qui veut rester un peu vieille France, les gens prennent le temps de vivre, le long de  ces terres en jachère et de ces promenades sur lesquelles ont défilé les légions de César. Ils prennent aussi le temps d’avoir l’eau à la bouche en allant au Four à bois, là où Jean Christian, Carole Horel et le personnel  font revivre une certaine histoire a leur manière.

Décidément, César doit regretter d’être venu un peu trop tôt en Gaule. Ses légions auraient eu une toute autre histoire du blé.

Sunday, May 31, 2015

LA GROTTE DE L'AZILE, HAITI

L'Azile signifie refuge; un sens qui a du être celui  que les Français, fuyant les grandes villes côtières de St Domingue, donnèrent a ces vallonnements et ces collines à la pente raide.
 .
Aujourd'hui encore, cette petite localité des terres intérieures d'Aquin retient l'attention parce que, enclavée entre le Nippes , Cavaillon et les montagnes environnantes, l'Azile continue d'offrir encore hospitalité  notamment aux gens retraites qui, comme Duquesne Jean Louis et Himmler Hyacinthe rêvent encore de faire de la région quelque chose qui vaille:

La découverte de cette grotte semble combler leurs vœux. Rien n'est plus sur comme une grotte; Les indiens d'Haïti le savent mieux que personne. M; Hyacinthe, plus azilois d'adoption que de naissance aurait voulu faire de cette bourgade la Mecque du monde, étrange prétention pur un espace de quelques maisonnettes branlantes que menace la rivière Mahot.

Mais, Hyacinthe a raison et Duquesne jean Louis est plus juste quand il prend les devants pour établir une station de radio qui rayonne jusqu'à Miragoane en fin de soirée.


Que nous dit leur grotte? Trop prématuré  pour poser une telle question et trop prématuré également pour y répondre. Espérons que Hyacinthe ira à la recherche de vestiges indiennes dans sa grotte et nous rapportera comme ce mystère des Andes que d'autres indiens précolombiens prétendent avoir conservé contre les conquistadores !

Mais la grotte aziloise attire déjà trop de curieux. Il n'y a pas que les femmes à être violées.

Wednesday, May 20, 2015

SI DE RUYARD KIPLING EN CREOLE



QUOI QU'IL ARRIVE,
QUOIQU'ON DISE,
SOIS UN HOMME


SI DE RUYARD KIPLING EN CREOLE 
ADAPTE ET DIT PAR ROBERT LABROUSSE





Monday, May 11, 2015

AU RENDEZ VOUS BIO

On se demandait une fois pourquoi le président haïtien se déplaçait si souvent. La raison en est simple, c’est qu’Haïti est en train d’amorcer la plus profonde mutation de son temps et qu’il fallait la faire connaître.

C’est un fait, l’économie haïtienne ne se limite plus à ces quatre facteurs du passé qui sont le café, la canne à sucre, le cacao et le campêche.


Les opportunités naturelles, les hasards de la géo-économie  constitueront, à  la grande surprise des observateurs, le miracle inévitable de cette Haïti qui, située sur ces  routes internationales intercalées entre le golfe du Mexique, presque à mi-chemin entre le Canal de Panam et le Canal du vent, se trouve, par la force des choses, sur ces routes des économies asiatiques tout en la reliant à une nuit de bateau de la capitale économique du monde que sont encore les USA, d’un côté; de l’autre, c’est encore comme par miracle également que les îles adjacentes haïtiennes se sont inventées au fil du temps  une vocation touristique, avec le pied à terre du célèbre capitaine Morgan à l’île à Vaches et à la Gonâve ou vers 1957, le candidat Clément jumelle voulait établir un port d’entreposage et de relais pour les avions se dirigeant en Amérique  du Sud ou vers l’Amérique du Nord, avant l’ère des jets.

La guerre froide et les aléas de la politique haïtienne ont conduit le pays  a une ère d’incertitudes qui, ajoutée au séisme, l’ont rendu encore plus vulnérable et plus dépendant. Toutefois, cette dépendance, elle aussi, ne parait plus irréversible, car; pour  plusieurs raisons, Haïti semble émerger d’une si  longue période de confusion et d’instabilité, que ,finalement, une ère d’optimisme pointe à l’horizon et conséquemment une tendance au renouvellement du tissu économique haïtien .
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La Révolution muette

A cela, il y a plusieurs facteurs, entre autres, d’abord, la nouvelle donne de la théorie des avantages comparatifs et ensuite les grandes mutations survenues intramuros et extra muros.

Au début du 21ème siècle, commençons-nous à apprendre, les pays du tiers monde ne sont plus ce qu’ils étaient. Comme si ces pays tenaient à prendre leur revanche, ils surgissent sur la scène mondiale avec ce qui pendant longtemps a fait leur force et leur originalité, à commencer par l’énergie et la qualité non nocive de leur agriculture. Il est convenu de nos jours d’étiqueter cette énergie sous le nom d’énergie renouvelable et cette agriculture sous l’appellation d’agriculture bio.  Haïti a le double avantage d’occuper une position enviable dans cette catégorisation, même si chercheurs et observateurs  continuent à associer la crise contemporaine à la crise agraire qui, non résolue au début du 20ème siècle, allait entraîner l’instabilité de la seconde moitié du même siècle. Vers 1911, le président Antoine Simon rêvait d’une société encore agraire, mais un siècle plus tard, sans se limiter à cette société un peu passéiste, le président Martelly entend donner la chance à l’entreprenariat associé également à une société de services et aux investissements susceptibles d’avoir des effets d’entrainement et des retombées pour le moins heureuses.

En mettant un peu plus d’emphase sur les potentialités des énergies renouvelables telles que l’énergie solaire, sa variante éolienne ou hydraulique, Haïti sera non seulement capable de réduire ses effets de serre pernicieux pour l’écosystème, mais encore sa dépendance par rapport aux produits pétroliers et le reste. Il ne tient qu’à nous  à faire le premier pas particulièrement au regard de  cette Allemagne qui occupe le peloton de tête en matière d’énergie renouvelable et également  au moment où l’agriculture haïtienne, essentiellement bio, est à un tournant ou plus simplement amorce un second souffle,


Retour à la terre


La preuve en est que des pionniers restés fidèles à la terre  opèrent depuis quelque temps les grands  retours, comme  Cincinnatus retournant à ses charrues. A la fièvre du Mango francique devenu denrée exportable, se greffe récemment l’expérience a Camp Perrin d’un ancien officier de l’armée, M. François Benoit s’occupant de salades hydroponiques destinées tout aussi bien à l’exportation. L’avantage de telles initiatives tient au fait que l’agriculture haïtienne a le mérite de rester bio, pour employer un mot  à la mode. De jeunes entrepreneurs s’engagent  dans la foulée, tentés eux aussi  par des marchés aussi lointains que Francfort et Londres. Alors, à cote des hauts et des bas de ce qu’on appelle la tertiarisation de l’économie, entendez par là la primauté du secteur des services , un certain optimisme est permis par le fait qu’un tourisme appuyé sur des énergies non polluantes et une consommation bio vient à point pour donner du souffle aux concepteurs   d’une politique touristique qui a l’avantage de répondre au besoin  de l’inédit du visiteur.  Jamais, depuis les années 50 et 70, Haïti n’a  été à ce point on the move, malgré les diseurs d’apocalypse. Il ne reste qu’à sensibiliser l’opinion nationale et internationale sur ce grand renouveau du tertiaire dans le monde haïtien  , et  attendre  les inévitables effets d’entrainement,  Apres la fièvre de la découverte  de l’art naïf ,des arts  plastiques et du vaudou dans les  années 40 et 50, le boom hôtelier et bancaire des années 70, Haïti ajoute à son potentiel d’énergie renouvelable et son terroir bio, un cote thérapeutique sur lequel l’Allemagne n’en finit pas d’insister : c’est la vitamine D, une hormone vitale dans l’organisme humain et qui se trouve synthétisée au niveau de la peau grâce à l’énergie solaire qui reste le capital naturel haïtien par excellence. .



Haiti, capitale mondiale du vetiver



Usine Frager aux cayesPeut-on dans un tel contexte désespérer d’une telle république même lorsqu’elle est habitée hélas par une société devenue depuis deux décennies quelque peu suicidaire ? Les Taïwanais continuent de jalouser la situation géographique d’Haïti distante de seulement de 2 heures d’avion de la grande Amérique ; les Américains des années 50 préféraient le genre de vie haïtien libre de stress et de ce qu’on appelle the morgage killer syndrome du American way of life; ceux des années 70 se demandaient ce que les Haïtiens allaient chercher dans cette Amérique a la fois proche et lointaine. Maintenant, la donne est tout autre. Haïti, est en train de vivre  son propre  printemps, à proximité de grands marchés émergents dont le géant brésilien des pays du BRICS. Pour un pays avec une abondante main d’œuvre, la tentation reste grande de constituer une rampe de lancement  pour ces pays du Nord en quête de marchés plus flexibles.

Quoi qu’il en soit, pour tout dire, dans le cas d’Haïti et bien d’autres pays du Tiers monde, les grandes mutations de notre temps, les inquiétudes planétaires en matière de réchauffement climatique, le besoin de se mettre à un régime plus bio et de recourir a  l’énergie alternative placent Haïti malgré tout au cœur d’une problématique humaine, comme si le destin de l’espèce passait finalement  par celui de son environnement. Des considérations beaucoup plus prosaïques, elles aussi, redéfinissent le rôle du tiers monde dans les économies périphériques et lointaines. Le grand Nord a tout à gagner en délocalisant la production aussi bien dans le domaine du profit que dans celui de la protection de l’environnement. A mi-chemin des trois Amériques, aux portes du Brésil, au cœur d’une Caraïbe a vocation essentiellement touristique, Haïti ne veut et ne peut plus être la cendrillon de la fable. Le pays le plus polyglotte de la région (les Haïtiens parlent plus ou moins les grandes langues commerciales du monde), avec le terroir parmi les plus bios du monde, Haïti commence à se faire connaitre comme  le champion mondial du vétiver, c’est-à-dire, la  principale réserve des parfumeries du monde  en termes de  matières premières, selon ce que les médias disent de l’agronome Pierre Léger du Sud haïtien.

Le président haïtien  Michel J. Martelly peut continuer à  jouer le rôle de relations publiques planétaires pour son pays.

Thursday, April 30, 2015

ONCE UPON A TIME IN THE BAVARIA


A small city with red roofs and remote horizons, Bamberg is part of Bavaria known the world over for its Black Forest and ancient German myths. But, recently, Bamberg has started to export not only its lifestyle, skills and light industry but also a vision of life and especially assistance and help that have nothing to do with the so called CNN effect with controversial results.

HPB, the acronym for Haiti Bamberg Project, without publicity, wants Haiti and its people to be part of any help Bamberg’s professionals are bringing to this Caribbean country of almost 10 million people.


Bamberg
That is the mantra of a Bamberg based thoracic surgeon, Dr. Thomas Bohrer. “I love your country,“ Dr. Bohrer keeps saying. Even when he was underway to Cap Haitian in the heights of Puylboreau, he found enough time to send email from his cell phone to praise the beauty of Haiti.

HPB was born in the aftermath of the 2010 earthquake. At this time, Mr. Jean R. Saget, the current Haitian ambassador who was campaigning for Haiti rescue, made known its inspiring voice in Europe.

Dr. Bohrer had fallen in love with Haiti long time ago. Today, to give a hand to Haiti, he continues to welcome and train Haitian doctors and nurses in order to improve their service in their motherland.

To raise funds for the HPB, Dr. T. Bohrer and des Deutschen Arztechores und des Bayerischen Arzteorchesters the doctors‘ Orchestra of Bamberg will be giving a concert on June 13. Dr. Bohrer dreams big for Haiti, but has been starting from the very beginning. So he is not in a hurry, because one day the little fish will be a big one.

Dr. T. Bohrer lives in Bamberg.



Dr Bamberd and two Haitian collegues


Tuesday, February 3, 2015

IN MEMORIAM LAMARTINIERE HONORAT

 LE DERNIER DES GRIOTS


Mama disait souvent:



La politique unit, désunit et réunit - 


Il avait le verbe chaud, il semblait parler avec ses tripes, lui qui ne mâchait pas ses mots. A 90 ans, il n’avait rien perdu ni de ses convictions et moins encore de ses illusions. Cet homme des années 30 qu’on croyait appartenir au passe, respirait le futur, parce que, comme dit le romancier Jennifer Cooper, the futur has à past.

Lamartinière Honorat
Lamartinière Honorat est néanmoins une espèce en voie de disparition. Il faut aller au fond de nos campagnes pour retrouver les derniers représentants de cette  Haïti, celle qui peut revendiquer une certaine authenticité. Les hommes de 46 ont toujours affirme qu’ils étaient des authentiques ; Mama Honorat a été discrètement l’un d’eux.

Apprivoiser le vodou, la religion populaire haïtienne, danser le Dahomey Zepol  sous les péristyles du bas Pt-au-Prince, fréquenter comme Jacques Roumain les vieux quartiers du Bel Air ne suffit pas cependant à asseoir l’authenticité dans le réel. Estime et ses pairs ne l’ont pas suffisamment dit, d’où peut cet acharnement à enfermer l’authenticité haïtienne dans le colorisme. Un griot comme Mama Honorat a tenté de le dire au prix d’une certaine trahison, étiquette qu’on lui collera à voix  basse, notamment vers 1963, quand sn frère, le colonel Lionel Honorat était l’âme d’un complot contre François Duvalier. Mais, c’est la une tout autre histoire

Cela dit, Mama Honorat sut aller plus loin en s’engageant autour des années 80 dans une bataille que Jean Dominique et bien d’autres assimilaient à la bataille pour sauver l’âme haïtienne. Ce fut un combat d’arrière garde car, l’américanisation ne laissait plus de place à cette quête de soi, parce qu’on pratique encore la politique du plat de lentilles. Le 21 eme siècle est à la vérité le siècle de Dieu, mais à vouloir atomiser l’être suprême, on aboutit en réalité à son exil. Mama dirait à la suite de Gide qu’on pouvait trouver Dieu partout et nulle part. Mama était comme tout bon griot proche de ce peuple à l’instinct sur.

Il n’en fut pas moins un aristocrate de l’esprit ; on sentait qu’il aimait le beau en chevalier. Estimiste, il rêvait grand. C’est peut être son plus bel héritage, celui qu’il souhaitant passer à la jeunesse.  Il l’aura réussi cette secrète passation, issu qu’il était de cette élite  en devenir qui était l’obsession de la seconde moitié du 20 eme siècle en Haïti. Malheureusement ; Mama Honorat ne savait pas qu’il pouvait manger le pain de l’exil et voir son pays foule par les bottes étrangères. Mieux que Carlet Auguste, un nationaliste sorti du Nord, Mama Honorat sut survivre pour observer, un sourire ironique aux lèvres, comment l’histoire haïtienne sut se venger de ceux qui croient toujours l’enfermer dans un cliche de chancellerie.

L’âme haïtienne reste encore marron surtout au nom d’un indéfinissable bonheur.
Tout  bon  griot le sait.