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Wednesday, September 9, 2015

GRANDS HAITIENS

Grands Haitiens
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1900 - 1953






PRESIDENT DUMARSAIS ESTIME


DIED 

Dumarsais Estime, 53 ans, president of Haiti from 1946 to 1950. uremia, at NY Colombia’s Presbyterian Hospital, who escaped  two assasinations attempts in 1949, sponsored  Haiti’s first income tax-law, built several modern towns and organized  collective peasant farms. His body was shipped  by air .to Haiti for burial

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Blvd Harry Truman dit
Bicentennaire

I
Fontaine lumineuse dit Jet d'eau
l  s’attaqua  d’abord au paysage dans l’espoir que demain les jeunes trouveraient    un socle à leurs  nostalgies, un cadre  à leurs rêveries,  et  un climat à leurs évasions.   Il le fit sur ce front de mer de la basse ville, là où depuis toujours, les navires venus de loin amenaient soit les autorités  de St Domingue, et  avec  les filles et les mauvais garçons de  Paris, soit leur cargaison de nègres. Fort Saint Clair et la Croix des Bossales, milieux réputés interlopes,  recevaient  tout ce qu’il  y avait de distinction  mais aussi le troupeau sans cesse grandissant  des hommes aux couleurs de la nuit. Aux fêtes du Bicentenaire,  un coup de balai unique  fit basculer ce mélange dans la poubelle de l’histoire. Aux bras de son épouse, Estime fit quelque chose qui tient à la fois du miracle et du mirage. Il fit surgir des fontaines, des espaces verts et des constructions  battant pavillons étrangers. Ce devait être aussi bien une invitation à la beauté  qu’une réponse au reste du monde.  Les témoins racontent encore  que ce fut incroyable.


Tuesday, August 25, 2015

PRASIDENT MICHEL MARTELLY


In Goethes Welt


par Dr F. Bataille
Charge d'affaires a.i
Berlin,Allemagne
aout 2015.

Er ist auffallend charmant und natürlich, stellen viele Deutsche fest, die im Herbst 2014 einen haitianischen Präsidenten kennenlernen, den die Presse zuvor nicht immer mit Samthandschuhen angefasst hat. Jenseits der Medienberichte, allen voran jenen der BBC, stellt sich damit zurecht die Frage nach der wahren Persönlichkeit von Staatsmännern.

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Für Präsident Martelly ließ sich diese Frage leicht beantworten. In Berlin ging er zwanglos von Tisch zu Tisch, blieb bei vielen der Gäste kurz stehen, um zu plaudern und verabschiedete sich dann oft mit einem freundschaftlichen Schulterklopfen, fast so als sei der Angesprochene ein alter Freund. Den haitianisch-deutschen Islamologen Christian Jolibois  hat er sogar auf offener Bühne umarmt als Zeichen der Wärme und Spontanität, die ihn auszeichnen. Er ist eben ein sensibler Mensch.


" Er ist edel und charismatisch ", meint dazu Bernadette Desorbay, eine bekannte Literaturprofessorin an der Berliner Humboldt Universitaet und fügt hinzu:. " Und er ist offen!”

Leider hat ein Teil der Presse es versäumt, sich ausreichend über den Präsidenten zu informieren, und danach bei ihrer Berichterstattung nicht die gebotene Sorgfalt und Genauigkeit walten lassen. Trotzdem hat dieser den Deutschen in Freundschaft und Treue zugetane Präsident, der so geduldig zuhören kann, in Deutschland einen großen Erfolg davongetragen. In einem Land, das aus macherlei Gründen in Europa einzigartig ist.

Nun ist es nicht das erste Mal, dass sich, wie in seiner Person, Kunst und Macht treffen, aber bei diesem Präsidenten ist es dennoch etwas Besonderes. So nimmt er, der als Musiker mit Bühnentechnik vertraut ist, sich schonmal bei Auftritten höchstpersönlich die Zeit, beim Soundcheck mitzuwirken und findet sich sofort wieder im alten Metier bestens zurecht. Kunst verlernt man eben nie. Und er weiß: Kunst ist Freiheit.Vielleicht hat Haiti deshalb zum ersten Mal keine politische Gefangenen mehr.

Zuhause im Familienkreis ist er nicht mehr als der Vater, auf dessen Schoss sich selbst die fast schon erwachsenen Kinder immer noch gerne setzen, weiß einer seiner Minister zu berichten. Er ist ein Mann der kleinen menschlichen Gesten, der sich sogar auf dem Flughafen zwischen zwei Dienstreisen immer die Zeit nimmt, mit Freunden und Bekannten zu plaudern, die er dort zufällig trifft. Und bei einem Besuch in Florida lässt er es sich nicht nehmen, in einem Altersheim einen in Verbannung lebenden alten Künstler zu besuchen, um ihm Trost zu spenden.

Er ist angetreten, eine neue Art von Politiker zu sein. Direkt und ehrlich. Die Amerikaner sagen mittlerweile nicht ohne Anerkennung: Haiti mag immer noch ein politisches Fiasko sein, aber es ist mittlerweile wenigsten eine kulturelle Erfolgsstory.

Man mag dies sehen wie man will, ein Kompliment für die Ära Martelly ist es auf jeden Fall.

Guten Abend

( Traduit du francais par l'ex ambassadeur Jean R. Saget)
 



GLOBAL PEOPLE SOPHIA LOREN



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SOPHIA LOREN THE GODDESS OF THE SIXTIES


Soon, in September, 2015 Sophia Loren will be still  appear young. Ordinary people would think she has crossed the line; but, it is an imaginary one, because stars and the sky never age. The Sophia case had started in the 50s, and it is an extraordinary journey that even today feeds the imagination of so many.

Image result for sophia lorenThis endless life had begun from the scratch. Sophia’s life is a kind of Cinderella’s. What makes this woman unique and amazing is the way she has embodied so many lives. Sophia is the beloved daughter of a Roman  emperor, the Egyptian Queen, Cleopatra and also a ”Parisian Madame sans gene." At the same time, she never stopped being a mother  and a daughter who honors her mother, because, Sophia thinks, her success came from the care and the nurturing of her mother she is still mourning.

A wife, a mother, Sophia Lazarus, (her good looks could revive the biblical Lazarus, Italians say) was born out of wedlock and grew up in poverty. To what she owes her success, is still a matter of controversy.  Anyway, she became a goddess of the screen who  had been making so many cry and fall in love. But, as a half-god creature, Sophia remains once far and close, as if she could only respond to so many expectations through human imagination and fantasy. As a star, Sophia falls into the immortal category; she has too many lives to share with a mere mortal public.



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Friday, August 14, 2015

DU COTE DE CHEZ GOETHE



Image result for michel martellyLE PRESIDENT MICHEL MARTELLY









                Du coté de chez Goethe



Il a gardé un naturel  qui n’est pas  sans charme, affirment  bon nombre d’allemands qui ont appris en automne 2014 à découvrir un président haïtien envers qui la presse n’était pas toujours tendre. Une fois, la BBC en tête, le quatrième pouvoir se demandait qui sont vraiment les hommes d’état, à part ce qu’en dit dans les medias.

Pour le Président Michel Martelly, la réponse tomba dru  comme une feuille d’automne. A Berlin, il a fait le tour des tables et s’arrêta presque à chacune d’elles pour écouter, et  donner, signe d’affection chez lui, cette petite tape au dos à des  dizaines de gens qu’il paraissait connaitre longtemps déjà. Un islamologue  haitiano-allemand, M.Christian Jolibois, s’est même  ecrie en arabe : Mi Shala ! comme le Président Martelly lui ouvrait les bras, un geste qui lui est familier et qui dit chez lui que le contact est  fait de spontanéité et de chaleur. Il est plutôt d’un naturel sensible.

«  Il est généreux, charismatique », déclare Mme Bernadette Desorbay, une brillante professeure de littérature a Umboldt University, Berlin. « il est ouvert, conclut Mme Desorbay .

Une certaine presse, dépitée pour avoir raté quelques interviews ne devait pas faire dans la dentelle. Mais, dans l’ensemble, ce président fidèle en amitié et qui a l’avantage de savoir écouter, a emporté la palme dans cette Allemagne qui se distingue en plusieurs points  sur le vieux continent.

Ce n’est pas la première fois que l’art et le pouvoir se croisent ; mais, cette fois-ci, le tour de valse se veut créateur. Familier des scènes, il prend parfois le temps d’aider dans l’acoustique et retrouve sans faute  les vieux sentiers battus du rythme. L’art, est porteur de vie, lit-on quelque part.  L’art est liberté et créativité ;  Haïti, pour la première fois,  n’a pas de prisonnier politique.

Au foyer, c’est un père sur les genoux duquel  même les enfants déjà grands s’asseyent, précise un ministre. Il a l’accolade facile,  et  dans les aéroports, prend le temps entre deux vols de bavarder avec des connaissances et des amis.  Une fois, en Floride, il apporta son réconfort à un vieil artiste relégué dans un nursing.

Direct, franc, il a voulu inaugurer une autre façon de faire la politique.  Les américains se plaisent à dire qu’Haïti est une faillite politique, mais un succès culturel. Quoique discutable, cette réflexion conforte après tout les années Martelly.


Bonsoir !

Berlin,
Dr Frantz Bataille,
Charge d'affaires a.i.

14 aout 2015




Tuesday, August 4, 2015

LU POUR VOUS LA QUESTION DOMINICAINE



LU POUR VOUS

LA QUESTION DOMINICAINE

UNE LETTRE TRISTE,





Haitianos en un campo de caña dominicano


Hola Madanm!!! 

J’ai vécu 4 ans en République Dominicaine. Pas par choix.

En Haïti, fréquenter l’université après les études secondaires, ne va pas de soi. Cela pourrait ressembler aisément à un parcours de combattant et pour les parents et pour le jeune finissant.
Mes parents faisaient face au dilemme que vit la plupart des familles issues de classe moyenne, avec des adolescents la tête pleine de rêves dans un pays qui n’offre pas beaucoup d’options.


L’université publique, oui … grosso modo 11, 000 milles places (à raison de 100 par faculté pour les 11 entités de l’UEH à l’époque)… disponibles pour plus de trois fois le nombre de postulants… 

Les bourses d’études … oui… dans un processus non transparent, c’était à celui ou celle ayant le piston du cousin d’une tante d’un ami qui connaît la femme d’un ministre… Compliqué et incertain… 

Les universités privées… oui les plus reconnues (au nombre de 2 à l’époque) étaient à leurs premiers balbutiements et relativement chères par rapport au pouvoir d’achat d’une famille haïtienne moyenne…


Refusant les pistons, pas trop convaincu à l’époque de la qualité de formation offerte ici, n'ayant pas les reins assez solide financièrement pour payer l’université aux Etats-Unis, à défaut d’avoir réussi au concours de l’université publique qui était l’option préférentielle, le choix s’est porté vers la République voisine.

C’était l’époque de la grande traversée de centaines d’étudiants en république voisine, en majorité venant du Nord du pays…

Je me suis rendue seule à bord d’un autobus, una guagua dans ce pays, dont la seule chose que je retenais de l’histoire, c’est que nous l’avions occupé pendant 21 ans … et bien sur, il y a le massacre orchestré par Trujillo mais qui ne faisait ici l’objet d’aucune commémoration annuelle, ni de rappel pour l’histoire et la memoire..

Déjà à la frontière, on annonçait les couleurs.  


Pendant 4 ans, j’étais le témoin constant et direct des abus que subissaient des compatriotes. Le statut de soldat du dominicain, lui conférait tous les droits. A la frontière toutes les mesures étaient valides tant qu’elles permettaient de décourager les « envahisseurs haïtiens »… des barbelés, des barrières, des contrôles abusifs et envahissants, des offenses les unes plus inhumaines que les autres…tout y était !

Durant les arrêts aux différents postes (au moins 7) avant d’arriver à Santiago, on était à chaque fois obligé d’exhiber passeport, carte d’étudiant sous le regard condescendant et arrogant du soldat dominicain qui parfois ne savait même pas lire…
Je me suis rendue avec tous mes préjugés sur une terre qui me le rendait bien et même pire, car eux aussi, nourrissaient leurs propres préjugés …

Je voyais défiler devant moi la grande plaine du Cibao…verte, étendue à perte de vue et clairsemé du dos luisant, cuit au soleil de compatriotes cultivant la terre…

A Santiago, une ville propre... bien entretenue avec des rues bien tracées qui transpirait une joie de vivre… très différente du chaos quotidien, de l’agressivité constante, de l’instabilité chronique, des kouris, des manifestions pour un oui ou un non, auquelles j’étais habituée…

L’université, qui serait pendant 4 ans ma seconde maison, était un grand campus construit sur près de 5 ha… Rien d’extraordinaire mais suffisamment bien équipée pour attirer des étudiants venant de la Caraïbe, des échanges d’étudiants avec de grandes universités américaines… 

Et je me posais cette question qui me revient encore : kot sa nou pa ka fè la a ???

Les dominicains que j’ai rencontrés là-bas, pour la plupart faisait connaissance pour la première fois avec des haïtiens éduqués.  Pour eux, un haïtien venait dans leur pays pour être mendiant, marchand ambulant, comme main d’œuvre à bon marché pour les constructions ou couper la canne à sucre dans les bateys….

Nous autres, qui étions venus pour étudier, étaient souvent vus comme des curiosités dans les magasins de grande surface, ou les supermarchés où il fallait à chaque fois convaincre de notre nationalité …tu no pareces haitiano … tu eres linda para una haitiana…tu si tienes mucho dinero …

Et ça, au fur et à mesure, je saisissais tout le sens raciste et méchant de ces petites phrases qui m’agaçaient au plus haut point. (Bien que j’en connais qui y voyait une sorte de compliments, honte à eux !!)

Pour eux on ne pouvait pas être des haïtiens. L’Haïtien est synonyme de saleté, de sorcellerie, d’escroquerie… A certains compatriotes, on leur demandaient leurs pièces d’identité pour mieux  abuser d’eux et les maltraiter car ils étaient « el maldito haitiano, el diablo », à nous c’était pour nous distinguer… j’étais une autre haïtienne, una morena linda y fina …

Le cours d’histoire dominicaine enseigné en classe préparatoire était une histoire d’Haïti mal racontée, tordue à volonté où Dessalines était un monstre sanguinaire et Boyer un ignorant, un inculte de la pire espèce… le fameux monumento de Santiago, dit-on a été érigé en souvenir de la capitulation de l’armée de Soulouque ; le 27 février, le 30 mars sont des célébrations nationales où l’anti-haitianisme atteint son paroxysme. Des exhibitions et démonstrations pour contrecarrer le plan qui existe seulement dans leur imagination raciste, selon lequel Haïti prépare une invasion…

Tout ou presque dans ce pays, transpire l’anti-haitianisme, jusque dans les blagues de mauvais gout…les derniers événements sont là pour le prouver...

La République Dominicaine a été historiquement et jusqu'à très récemment une destination pour des travailleurs migrants… de paysans abandonnant les terres en Haïti pour être des travailleurs saisonniers dans les plantations, les braceros… donc pas trop intéressant pour l’Elite Haïtienne en général sinon pour servir d’inspiration poétique … la Romann, Viejo…

Malgré dans les accords passés entre les deux pays et en dépit des conventions internationales relatives au droit des travailleurs, aucun effort réel pour protéger leurs droits n’a été fait dans cette terre d’accueil, les représentations diplomatiques toujours dépassées par les situations de conflits latents ou explosifs, n’existent le plus souvent que de nom …

Autant que nous ignorons ou faisons semblant d’ignorer ce qui se passe là-bas et même la situation d’abus dans laquelle vit constamment nos compatriotes,  autant qu’il ne se passe un jour sans que Haïti ne fasse partie de leurs éditions de nouvelles… bien entendu dans le mauvais sens.

On va me dire que tous les dominicains ne sont pas tous pareils. Oui et je le concède. J’en ai connu de très respectueux, d’humain, qui apprécie à leurs justes valeurs, les citoyens haïtiens qui séjournent chez eux… Ce sont des exceptions… ce n’est pas la règle !

Cela fait plus de 10 ans que j’ai arrêté mes études en République Dominicaine. Et bien que parlant couramment l’espagnol, tout en ayant encore des amis qui seraient heureux de m’accueillir chez eux… Je n’y suis jamais retournée pour des vacances. Je n’ai eu ni le gout, ni l’envie…

Ca me désole parfois de voir des compatriotes de réjouir de leurs vacances là-bas… en détournant élégamment les yeux sur le comportement hautain et irrespectueux des agents sur la frontière…

Notre incapacité à avoir un projet commun, à être d’accord sur l’essentiel nourrit cet effritement progressif de notre pays… et de nos valeurs patriotiques.

Les marches ne suffiront jamais tant que nous n’inculquons pas à nos enfants dès leur plus jeune, cette conscience et ce sentiment d’appartenance indispensable à toute démarche de fierté et de dignité humaine.

Les manifestations ne seront rien tant que l’haïtien se sente en transit chez lui pensant toujours qu’il y a mieux ailleurs… même si ce mieux traduit l’argent ou le semblant de confort, acquis au prix fort de l’humiliation et du mépris…

Les dénonciations seront vaines et ne donneront aucun résultat, tant que nous ne consentons pas d’offrir à nos jeunes les opportunités d’exploiter à fond leurs connaissances et de les mettre au service de leurs pays…

Et tant que les jeunes professionnels préfèrent le chemin le plus facile et n’acceptent pas de sortir de leurs zones de confort…

Tant que nous continuons en entonner grenadye a laso, sa ki mouri zafe a yo … tant que nous continuons à entretenir la logique de  zafè mouton pa zafè kabrit, de nèg anwo, nèg anba, nèg andeyò, pitit petion …
Tant que nous nourrissons notre quotidien de slogans creux et éphémères en nous bouchant les yeux sur la vraie réalité de division, de sectarisme, d’attitudes constants de « sauve-qui-peut » qui pourrissent notre existence..

Nous essuierons pour longtemps encore ces gifles de la Bahamas, de la Martinique, de la  République Dominicaine…dans chacun de ces pays, pas un jour ne passe sans qu’un haïtien ne soit pris en chasse au mépris de tous droits de la personne…rapatrié, refoulé ...

Qu'avons nous fait pour empêcher cela?  non, je parle pas de l'ETAT! je parle de nous, en tant que nation...

Cap-Haitien ma ville n’a rien à envier à Santiago, la ville où j’ai passé 4 années de ma vie …par endroit, elles se ressemblent, l’alignement des rues … et même la fierté qui caractérise les gens du nord…

Tout ce qu’il nous faut est un projet de société construit sur le respect de l’autre, sur l’amour de notre pays, sur la conscience de qui nous sommes …

que nous apprenons à construire sur l'essentiel.

Ann kòmanse pwopte lakay nou, nou chaje ak pwoblèm !


La période pascale arrive, ils seront des centaines à poster fièrement leurs vacances en République Dominicaine… Je dis ça, je dis rien. On a le droit de disposer de son argent comme on veut…


Mais la prochaine fois que vous vous rendrez à un des ces hôtels, ne serait-ce que pendant un moment, pensez aux centaines de compatriotes rejetés par cette terre, humiliés, traités comme des bêtes et qui ont participé à la construction de ce bâtiment au prix de leur sueur et de leurs sang... 


Monday, July 13, 2015

READ. SEEN AND HEARD.... FOR YOU

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EFFORTS AND CHALLENGES

ADVENTURES SUR KURFURSTENDAMM, BERLIN



DEVINE QUI VIENT DINER

Cet après-midi-là, sur Kurfurstendamm, ce quartier très huppé et couru de Berlin, à cause peut être des perspectives qu’il offre sur des constructions datant de la guerre ou surtout  à cause de cette nouvelle fièvre du renouveau  battant son tempo dans cette Allemagne de légende, je m’ennuyais à attendre Nadjela, cette pétillante haitiano allemande avec laquelle je m’étais promis de faire la fête 

L’été était à ses débuts, avec un ciel nuageux et parfois lourd. Les heures se succédaient à Reinhard's, ce restaurant café où allemands et visiteurs aiment s’asseoir, sirotant leur café ou buvant ces gros pots de bière, en regardant  nonchalamment les gens qui passent . Il faisait bon attendre, une attente est quand même une espérance et cela exalte. J’ai donc attendu, une heure, puis deux, et Nadjela n’était toujours pas là.

Un autre visiteur que je n’attendais point est venu s’asseoir avec  légèreté et presque de  la souplesse à ma table. Il est de ces impromptus qui vous laissent ébahi, tant il y rentre ce ravissement  qui désarme. Kurfurstendamm est le quartier de l’élégance et un tant soit peu VIP. Il y défile à tout instant un monde chic et très cosmopolite. Un café a Reinhard's, ça vaut quand même la peine !

Mon visiteur était de ce monde dont la grâce suffit. Je n’ai pas posé de question, il est resté très peu  à ma table, le temps de faire un bref coup d’œil et de repartir de manière tout aussi impromptue. La jeunesse a de ces coups de tête.

Nadella n’était pas toujours là. En vain, je scrutais des yeux la foule qui dansait comme au printemps, l’attente est un supplice, pensais- je. Une autre tasse de café n’eut point la vertu de vaincre le temps. Heureusement que le visiteur intrigant vint encore à ma table, apportant comme un espoir de ciel bleu ; entre cet intrus et moi,  peut-être y avait-il correspondance à la Baudelaire, je ne suis pas tout à fait seul ; Nadjela pouvait continuer à me planter, tout visiteur est un espoir de vie.

Cette fois ci, il est resté plus longtemps, fouinant par- ci par- là, avec des yeux espiègles et un sans gêne notoire, touchant à tout à ma table. Nadjela aurait eu plus de retenue. Il  a  alors fait du regard le tour de toute chose, s’apitoyant peut être sur ce mauvais tour qu’on m’a fait. Nadjela n’est point venue diner; il y a des filles comme ça.

 Tout maladroit et sans retenue qu’il fut, j’ai compris que  mon visiteur a voulu mettre un baume somewhere, car je le suivais des yeux, dans son va  et vient sympathique et familier. Alors, à la fin, il m’a regardé comme pour me dire : cela arrive,  avant de s’envoler  pour  une autre destination.

Alors, Devine qui vient diner, en lieu et place de Nadjela :
Un oiseau sur Kurfurstendamm.

Tuesday, July 7, 2015

LU POUR VOUS LA QUESTION DOMINICAINE



: LE MALAISE EPIDERMIQUE


Dominican Racism: Nation To Eject Thousands of Lifelong Residents
FEMMES HAITIENNES A SD


Témoignage d'une française
 ayant séjourné en République Dominicaine


 
La République dominicaine est l’un des rares pays au monde à mentionner sur la carte d’identité (cédula) de ses ressortissants leur couleur de peau.
Et ce par une lettre : un « B » pour les Blancs, un « N » pour les Noirs et un « I » pour les métis. Officiellement, il y a 75 % de métis, 23 % de Noirs et 2 % de Blancs. Cette recherche de classification se retrouve souvent, comme par exemple sur la facture d’un hôtel de Santiago :
  
Les Dominicains sont un peuple torturé. Je l’ignorais avant de partir. Je ne savais pas qu’on pouvait être aussi complexé sous des abords aussi légers. Il faut gratter un peu pour connaître la vraie République dominicaine. Qu'est-ce qui m’a fait arriver là-bas ? dans cette île, séparée en deux, avec deux peuples qui se haïssent, qui ont connu l’esclavage et qui en sont issus. J’avais l’impression que ces Dominicains expiaient tous d’une manière ou d’une autre les souffrances de leurs ancêtres. Je pensais aller là-bas pour découvrir ce à quoi pouvait ressembler une si belle entente entre les hommes. J’étais partie à la rencontre d’une minorité sympathique dans un pays insouciant, j’ai rencontré un peuple au bord de la névrose dans une ambiance d’apartheid.

J’ai beaucoup travaillé pour essayer de comprendre le fond de l’âme dominicaine. Ce qui suit est le résultat de mes tâtonnements dans ce domaine.  

Des apparences trompeuses

Les premiers entretiens, qui s’apparentaient plutôt à des séances de conversations pour étranger qu’à des entretiens car je ne parlais pas encore bien espagnol, confirmaient la bonne réputation du pays : « Nous, on ne fait pas de différence entre les gens selon la couleur de leur peau », m’ont dit un couple de riches Dominicains blancs (les seuls !) qui, curieux de savoir ce que je faisais là, m’ont interpellée dans la rue. Même chose pour Rosanna, 19 ans, secrétaire à la chambre de commerce franco-dominicain et métis claire, elle : « Moi, je n'ai pas de préférence quant à la couleur de peau dans mes relations sociales. Je traite tout le monde pareil. Comme tout le monde ici, d'ailleurs. Nous les Dominicains pensons que la couleur de peau ne qualifie pas la personne. Il n'y a pas de racisme parce que la culture dominicaine provient d'un mélange de trois cultures, de trois races ». Le père de Tito, lui, affirmait qu’ « ici, il n’y a plus de racisme ». Et il poursuivait : « Je n'aime pas trop les Noirs, enfin les Haïtiens ». Est-ce à dire qu’il y avait du racisme « avant » ? Et quid des Haïtiens ? C'était déjà plus étrange, et il était d’autant plus difficile à comprendre qu’il n’avait plus de dents.

Pour Xiomara, 25 ans, secrétaire au siège d’un syndicat de transporteurs routiers à Jimaní, « Le seul problème, c'est Haïti. Mais je ne dirais pas pour autant qu'il y a du racisme, car les structures sociales d'avant ont disparu. Il y a très peu de racisme, à part chez les plus riches. Mais ils sont isolés ». Cette affirmation revenait souvent : seuls les riches sont racistes… qu’en penser ?

 Autre phénomène étrange : à la question « de quelle couleur êtes-vous ? », 95 % de mes interlocuteurs (tous métis ou noirs) se décrivaient comme « indio ». « Indio » est un terme qui signifie « indien » et qui fait allusion aux Taïnos et aux Indiens des Caraïbes en général… qui ont tous été exterminés. Ce qui explique le mystérieux « I » sur les cartes d’identité. Mais pourquoi cette étrange appellation ?

Et puis un jour, j’ai poussé à tout hasard la porte de la chambre de commerce franco-dominicaine à Saint-Domingue. Je suis tombée sur Génésis, une Franco-dominicaine qui travaillait là depuis plusieurs mois et qui connaissait bien la France comme la République dominicaine. Elle avait presque mon âge et parlait français : une source en or ! A ma question : « y-a-t-il du racisme en République dominicaine ? », sa réponse fut sans appel : « On t'a vraiment dit qu'il n'y a pas de racisme en République dominicaine ? C'est complètement faux. Pour certaines choses, en effet, les Dominicains sont plus ouverts que les Français. Bon. Mais sinon, ils sont très racistes ! Si tu es étranger, tu fais ce que tu veux, mais les Dominicains entre eux louchent sur la couleur de la peau. Il y a des boîtes où on ne te laisse pas entrer si tu n'es pas blanc. Même moi, j’ai eu des problèmes avec ça. J'ai du montrer ma carte d’identité française pour entrer ! C'est toujours mieux d'être blanc. Et il n'y a pas que la couleur de peau qui compte, il y a aussi l'argent que tu as ! Il y a certains endroits où on te regarde de travers si tu n'as pas la voiture de l'année. Les gens sont très matérialistes. Tout tient à l'apparence. Ce sont de bonnes bases pour le racisme ! ».

Le voile de conformisme que tous revêtaient jusque-là commençait à tomber, mais tout n’était pas encore très clair dans ma tête. Je sentais que je touchais à un sujet sensible, et beaucoup plus complexe que prévu.

J’ai poursuivi quelque temps ce qui commençait à ressembler à une véritable enquête. Les réponses continuaient d’être évasives, mais ma perception de leur sens caché s’affinait à mesure que mon niveau d’espagnol progressait. J’ai senti que j’approchais du but le jour où Pablo, le cousin de Tito, m’a mise en contact avec Elvis, prof d'histoire dans le secondaire à Villa Jaragua. Il m’a affirmé qu’« en République dominicaine, il y a toujours eu du racisme. C'est le pays le plus raciste au monde. Et c'est aussi le pays le plus métis au monde ». Mais il ne m’a pas donné plus d’explications.

C'est Pablo Santana Baez, le psychologue rencontré au siège de World Vision à Jimaní, ainsi que ses collègues Adela Matos et Miguel Hebron, qui a rendu soudain clairs les propos de Génésis. Voilà leur explication : « être Noir en République dominicaine, c'est d'abord un problème. Les métis, ceux qui ont du sang blanc (c'est-à-dire espagnol ou européen) et du sang noir (c'est-à-dire africain), ne se considèrent pas comme Noirs, ni comme métis, mais comme Blancs. Si tu leur demandes quelle est leur couleur de peau, ils te répondront "indio", avec les variantes; "indio clair, indio foncé"... Sache qu'un "indio foncé", en général, c'est un Noir. Mais ne t'avise pas de lui dire qu'il est noir, il le prendrait mal. Le mot "negro" [traduction de "noir" en espagnol], ici, ne désigne que les Haïtiens. Pour les Dominicains, c'est une insulte. Pour désigner la couleur de peau noire, c'est plutôt le terme "moreno" qui va être employé, si on veut être compréhensible. Mais jamais "negro", même si c'est le terme exact. Le Dominicain a très peu de sang indien, en général il est moitié d'origine espagnole, moitié d'origine africaine. L’apport génétique des Indiens dans la société dominicaine actuelle a donc été très faible. Bon, c'est vrai que le pourcentage varie selon les gens. Mais dire de quelqu'un qu'il est un "indio" est une aberration. Les Indiens de l'île sont un peuple disparu, un mirage, un fantasme pour les Dominicains actuels. »

Pourtant, tout le monde continue de se forger de toutes pièces une identité usurpée, ceci afin d'éviter d'assumer la couleur de peau noire et surtout les origines africaines.  

Le diktat blanc
Si les Dominicains rejettent cet aspect noir, alors même qu’il est partie intégrante de leur identité, c'est parce qu’il a une connotation très négative. En effet, pour tout le monde, le modèle, c'est le blanc. Le Blanc. Le blanc de peau qu’on ne croise que très rarement en République dominicaine, mais qui tient pourtant les rênes du pays : le pouvoir politique, économique, religieux et militaire est aujourd'hui presque exclusivement entre les mains de Blancs.

Le blanc est exagérément valorisé, il symbolise à lui seul la richesse, la réussite, et la beauté.  Aux yeux de la plupart des Dominicains, ce qui est blanc est bon, positif et généralement, « meilleur ». Ils font preuve d’une xénophilie sans égal, excessive, à l’égard des Blancs et des « clairs ». Pour le noir, c'est le contraire. Comme me l’expliquait une des rares Dominicaines à ne pas adhérer à la schizophrénie ambiante : « ce n'est pas parce qu'une infime partie de la population est blanche qu'elle ne peut pas contrôler le pays et se sentir supérieure aux autres. Les autres, les métis justement, ne voient que leur côté blanc. Ils ne veulent pas entendre parler de leur sang noir. C'est comme un tabou, le fait d'être noir. Très peu de gens en sont fiers. On a hérité des schémas mentaux de l'esclavage. Ils sont présents chez tout le monde ».

En témoigne une affiche repérée dans les bureaux du MUDHA à Saint-Domingue :

Ces expressions sont réellement utilisées dans la vie courante. «  C'est impossible de s’assumer en tant que noir quand on t’apprend ce genre de choses », a résumé une employée du MUDHA en me montrant cette affiche. Et le tabou du Noir est tellement fort que dans le guide publié par l’office de tourisme dominicain, on trouve pleins d’informations sur les Taïnos, sur Christophe Colomb… mais rien, absolument rien, sur la partie esclavage de l’histoire dominicaine. Impossible de comprendre, pour le lecteur, pourquoi les Dominicains sont si foncés.

Comment comprendre un tel comportement ? Cela c'est éclairci au cours des entretiens, et ce car j’ai eu la chance de tomber, souvent par hasard, sur plusieurs personnes qui travaillaient sur la question. Ou qui avaient une honnêteté et un niveau d’instruction suffisants pour me donner une réponse objective. De plus, ces gens ont tous fait beaucoup d’efforts pour me répondre. C'étaient les entretiens les plus intéressants et les plus fournis. Il s’agit vraiment de chance car sur les 33 témoignages recueillis, seuls une poignée m’ont permis de comprendre le fond de la question, tous les autres étant évasifs ou se perdant en généralités.

Voici donc une synthèse de leurs explications, que j’ai organisées sous forme de questions/réponses. Y sont repris Francisco Rafael Guzman, professeur de sociologie à la UASD (une université de Saint-Domingue), Rocio et Tati Perez, sa mère, toutes deux professeurs de lettres à Neiba, Brigido Trinidad, biologiste à Villa Jaragua, Rafael Almanzar, personnalité artistique et religieuse (vaudou) de la ville de Santiago, Américo « Catuxo » Badillo Vega, directeur de la branche éducation du centre Oné Respé à Santiago, Jorge Puello, professeur de danse dans un bateye près de Saint-Domingue, Ana Maria (j’ai oublié de noter son nom de famille), directrice des activités sportives au même endroit, et Rafael Lluberes, directeur du centre Colibri et d’UJEDO, organisme oeuvrant en matière de santé, d’éducation, de culture et d’environnement, dans ce même bateye, et Sirana, cadre au MUDHA1 à Saint-Domingue (dont je n’ai cette fois pas compris le nom)  

Pouvez-vous me parler du racisme ?
Eh bien le racisme, c'est une forme de relation entre les personnes qui prend très fortement en compte le phénotype et/ou la culture. C'est un phénomène parfois réel, parfois imaginaire. En République dominicaine, il est réel, et très fort. Il se présente sous forme d’antihaïtianisme. C'est un racisme physique qui prend comme prétexte un racisme politique.
Nous allons commencer par un exemple. Tu as remarqué que les gens non blancs font beaucoup d’efforts pour paraître blanc (cheveux, peau, mariages) ? c'est plus qu’une question de mode. Ici, des « bons » cheveux [pelo bueno], ce sont des cheveux raides, clairs de préférence. Une blanche avec des cheveux lisses est considérée d’emblée comme une belle femme. Si elle se fait friser les cheveux, on va la prendre pour une folle, mais elle continuera d’être blanche. Les « mauvais cheveux » [pelo malo], en revanche, ce sont les cheveux crépus et noirs, les plus répandus dans ce pays. Si une métisse aux cheveux crépus s’aventure à ne pas défriser ses cheveux, elle sera considérée comme une rebelle, quelqu'un qui défie l’ordre social et qui devra assumer son acte. Une des femmes de notre échantillon [lors d’une étude de Catuxo] qui avait tenté l’expérience nous a conté : ‘un homme m’a vue arriver et m’a dit : ‘on dirait que tu n’as pas de mari… tu vas voir les coups qu’il va te donner !’’. Socialement parlant, la texture du cheveu fait vraiment la différence. Le fait de défriser des cheveux crépus revient à les dissimuler pour « ne pas être noire », ou l’être moins, ou pour faire comprendre qu’on ne veut pas l’être. Il y a une volonté de prendre de la distance avec ce qu’on est. Les non-blancs acceptent donc de se reconnaître dans la négation. C'est typiquement une attitude de soumission, en l’occurrence à l’ordre social dominant. En effet, les gens considérés comme noirs n’ont jamais été que méprisés, rejetés, exclus, dépréciés dans la société dominicaine. Accepter d’être noir, c'est reconnaître qu’on est inférieur. Alors qui veut être noir ? 

Autre exemple, quand un enfant naît plus foncé que ses parents, il y a un très fort désenchantement, surtout si c'est une fille. Beaucoup de parents interdisent à leurs enfants, et notamment aux filles, de fréquenter des gens plus noirs qu’eux. On parle d’ « améliorer de la race » [mejorar la raza], quand il s’agit de se marier : il faut se marier avec plus clair que soi.

Il existe donc ce racisme d’autocensure, aliénant, dont la population a largement intériorisé les stéréotypes.  

D’où vient un tel phénomène ?

Toute société esclavagiste a été raciste. A partir du moment où des Noirs africains ont été déportés ici et où l'esclavage est apparu sur l'île, le racisme a été institutionnalisé et utilisé pour justifier leur discrimination. Et puis la guerre d’indépendance a été menée non pas contre le gouvernement d’Haïti, mais contre « les Noirs », le peuple noir. On avait une situation de lutte sociale binaire dont les schémas sont restés vivaces. Encore aujourd'hui, dans les manuels scolaires dominicains, il y a seulement un chapitre sur la composition de la société et les Noirs sont toujours abordés d’un point de vue négatif. Cela donne lieu à une confusion entre nature et condition : entre être esclave et devenir esclave.

Au temps de la colonisation, ils occupaient la place la plus basse. Leur mélange avec les Blancs s'est fait de manière forcée. Mais il n’a pas été complet. Tout en haut de l'échelle sociale, les Blancs sont restés entre eux. Ce qui explique la situation actuelle: les très riches sont tous des Blancs. Ils veulent rester une junte homogène. Il y a bien des leaders noirs, mais ils n'arrivent pas à crever le plafond de verre pour accéder à ce niveau social.

Et le racisme est une arme politique très forte. Il l’a surtout été sous Trujillo, le « généralissime »…

Trujillo était un dictateur au pouvoir en République dominicaine entre 1930 et 1961. Il est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire. C'était un despote total, les Dominicains vivaient dans la terreur avec lui et il les a beaucoup influencés. Il a mis en place un véritable racisme d’Etat. Pour lui, Haïti était l’ennemi de toujours, la menace qui planait au-dessus de l’identité dominicaine. Il était d’origine haïtienne, mais mettait des crèmes blanchissantes pour que cela ne se voie pas. Les stéréotypes racistes étaient très présents dans l’idéologie dictatoriale, et ont inondé la société dominicaine. Ils sont toujours très prégnants aujourd'hui. Ces stéréotypes n’étaient pas seulement dirigés contre les Haïtiens, mais aussi contre les Dominicains. Ils visaient à reformuler les notions du nationalisme dominicain en en faisant un bastion à protéger des envahisseurs haïtiens, assimilés aux noirs en général. Dans la pratique, on en est venu à rechercher l’unité nationale à travers la négation du noir. Aujourd'hui, on parle encore d’une « invasion pacifique » haïtienne. Mais que serait notre économie sans cette « invasion » ! Il y a eu un avant et un après Trujillo. Avant Trujillo, la ligne de conduite par rapport à Haïti, c'était le nationalisme. Après, c'était le racisme pur et simple.

Les Haïtiens étaient nombreux dans notre pays avant son arrivée, au point que la gourde circulait dans certaines régions. Les trujillistes ont commencé par revisiter l’histoire dominicaine. Les manuels scolaires ont été falsifiés pour présenter Haïti comme un ennemi dangereux. Puis le vaudou a été interdit et ses pratiquants, pourchassés. Il y a même eu des lois favorisant l’immigration européenne aux dépens de l’immigration africaine,